Un prof de poche, ça dérange ? ... Ça questionne!


Cet échange du 25 mars 2026 était le 1er panel de la Série spéciale du réseau PÉRISCOPE sur les questions émergentes relatives à l’interaction avec les robots conversationnels au service de la réussite scolaire et éducative.  Cette rencontre avait pour thème : Un prof de poche, ça dérange ? 

 Cette question sensible, inspirée par un jeune, visait à aborder les différentes façons dont l’IA peut déranger en classe comme en dehors de la classe.

Animé par la chercheure principale du Réseau, Thérèse Laferrière, cet échange a permis de mettre en évidence des usages, des bénéfices, des défis ainsi que des questionnements éthiques soulevés par l'usage de robots conversationnels, notamment en salle de classe.

Les personnes qui ont participé au 1er panel de cette série spéciale étaient les suivantes :  

-        Personnes enseignantes au PROTIC: Chantal Lachance, Cynthia Prévost et Guillaume Paré ;

-        Élèves : Clara, Fafani, Édouard

-        Invité.es : Marie-Claude Bernard, chercheuse et directrice du CRIRES ; Vincent Tanguay, collaborateur en éducation

-        Alain Fortier et Linda St-Pierre membres d’ICI-PRS (Infrastructure d’Information, Coopération/Collaboration/ Coordination et Intégration);

Un robot conversationnel en soutien à l'apprentissage : au-delà de la réponse

Pour les élèves présent·es, l'intelligence artificielle (IA) agit souvent comme une aide personnelle, disponible en tout temps. 

Une élève de 5e secondaire, indique qu'elle utilise l’IA en mathématique et en physique pour comprendre les processus de résolution de problèmes, plutôt que pour obtenir une simple réponse. Le robot lui permet d’obtenir une aide personnalisée en l’absence de l'enseignant·e, c’est-à-dire une aide qui tient compte du problème spécifique qu’elle a à résoudre à ce moment précis.

De son côté, un élève, qui est en 1re secondaire, s'en sert pour clarifier des questions qui lui sont demandées dans le cadre de travaux scolaires à la maison. Il peut, par exemple, formuler une requête pour connaitre la définition d’un terme grammatical. Pour Édouard, l’IA lui permet d’accéder rapidement à l’information souhaitée et d’obtenir des explications, ce qui n’est pas possible avec un dictionnaire. Il essaie de se rappeler des apprentissages effectués avec l’IA pour les réinvestir dans un futur travail.

Une élève de 4e secondaire, mentionne que le robot peut répéter ou simplifier des explications jusqu’à ce qu’elle ait compris, ce qu’elle ne peut obtenir avec une recherche sur Google ou sur un site.

Ces élèves tentent d’utiliser l’IA de manière consciente et en cohérence avec leurs valeurs, dans un esprit de sobriété numérique.  Ils savent que les robots peuvent « halluciner » et inventer des informations pour plaire à la personne utilisatrice, d’où l’importance de valider les sources. Parmi les stratégies utilisées, les élèves ont indiqué vérifier les informations auprès d’une personne enseignante, mener d’autres recherches sur des sites web ou encore consulter Alloprof.

Pour Caroline, à titre de parent, le robot permet un travail en collaboration avec elle et son fils. À titre d’exemple, elle peut obtenir une mise à jour sur la terminologie utilisées dans les classes d’aujourd’hui.

Des défis partagés

Malgré les bons côtés, les avantages et le potentiel qu’offre l’IA comme moyen d’apprentissage et source d’inspiration, les trois enseignant·es du panel expriment des réserves.

·       Guillaume constate que si l’IA permet à certains élèves d’enrichir leurs travaux, d’autres l’utilisent comme une « porte de sortie » facile pour éviter l’effort intellectuel. Il mentionne l'exemple récent d’élèves qui, dans le cadre d’un projet, ont confié la production complète à l’IA, sans nécessairement se soucier de leurs apprentissages.

·       La sensibilisation des élèves à la sobriété numérique est également un enjeu qui préoccupe Cynthia.

·       Chantal, enseignante au secondaire en anglais (ELA), se questionne sur les tâches possibles en langue avec l’usage de l’IA, puisque l’intelligence artificielle rédige facilement des textes.

Des questions préoccupent :

-        Comment enseigner l’utilisation de l’IA ? Qu’est-ce qu’on peut faire avec ?

-        Comment convaincre les élèves de vérifier les informations fournies par l’IA ? Comment les inciter à réfléchir et à faire preuve d’esprit critique lors de l’usage de l’IA ?

-        De quelle façon s’y prendre pour favoriser un usage responsable de l’IA, notamment auprès d’élèves qui ont tendance à s’en servir pour obtenir rapidement une réponse ou la production demandée ? Comment amener les élèves à considérer l’IA comme un moyen d’apprentissage et non comme un raccourci ?

Une élève rappelle que la relation humaine est essentielle et que l’IA ne peut la remplacer. C’est le cas entre l’élève et l’enseignant·e. Elle mentionne que cet aspect sera à considérer dans les choix professionnels qu’elle et ses pairs auront à effectuer ultérieurement, compte tenu des changements apportés par l’IA aux manières d’apprendre et de travailler.

En conclusion

Thérèse Laferrière rappelle l’importance d’apprendre à travailler avec l’IA, car nous aurons à cohabiter avec les robots à l’école, au travail et dans la société en général. Elle suggère de partager ses bons coups et ses questionnements avec son entourage. Le panel prend fin en revenant à la question de départ. Compte tenu des propos échangés, l’enseignante Cynthia suggère qu’elle aurait pu être libellée de la sorte : « Un prof de poche, ça questionne ? »