Le panel en réseau intitulé « L'IA générative et ses défis pour la persévérance et la réussite scolaires » s'est tenu le 27 février 2025, faisant suite au colloque PÉRISCOPE-2ifPER organisé lors des Entretiens Jacques Cartier d'octobre 2024. Ce panel a permis de mettre en lumière les expériences des jeunes lauréats du concours PaNo (Page Noire), une initiative du réseau PÉRISCOPE invitant des jeunes de 12 à 16 ans à surmonter le syndrome de la « page noire » – cette surabondance d'informations générées par une intelligence artificielle générative (IAG) qui nécessite un tri critique et une appropriation raisonnée ou créative.
Le panel a été animé par Thérèse Laferrière et a réuni plusieurs participant·es : les jeunes lauréats (Delphine, Édouard, Gabriel et Milca), des parents accompagnateurs (Caroline, mère de Gabriel et Édouard, et Marc, père de Milca), ainsi que d'autres étudiant·es et intervenant·es comme Clarence, Amira, Daniel, Simon et Meriem.
Expériences des jeunes avec des outils de l’IA générative
L'un des points centraux de la discussion a porté sur les différences perçues entre NotebookLM et ChatGPT. Delphine n'a pas pu assister au panel, mais Clarence avait préalablement réalisé une entrevue avec elle et a pu en partager des extraits. Elle a souligné que ChatGPT est moins précis que NotebookLM et qu’elle apprécie particulièrement la précision de NotebookLM qui s'appuie sur des documents spécifiques fournis, rendant les réponses plus ciblées et plus faciles à comprendre. Delphine a indiqué utiliser ChatGPT à l'école pour mieux comprendre certaines matières, sans que ses enseignant·es y voient d'inconvénient tant que les élèves ne se contentent pas de copier-coller les réponses.
Milca et Gabriel ont été tous les deux surpris par la longueur des textes générés par l'IA générative même lorsque leurs requêtes étaient simples – le robot conversationnel utilisé était NotebookLM. Comme l'a exprimé Milca : « on disait un mot, puis il commençait à faire un gros texte là-dessus ». Édouard, quant à lui, a trouvé que l'utilisation de ces outils ne demandait pas beaucoup d'efforts, mais a souligné l'importance de « remettre les informations dans ses propres mots » plutôt que de tout reprendre tel quel.
Les jeunes ont également abordé le défi de la page noire, ce sentiment d'être submergé par la quantité d'informations générées. Pour y faire face, Delphine et Milca se sont concentrées sur la lecture sans se laisser envahir et ont souvent dû demander des réponses plus concises au robot en précisant leurs requêtes.
Caroline, mère de Gabriel et Édouard, a apporté un éclairage important sur l'impact de cette surcharge informationnelle sur la motivation des jeunes. Elle a observé qu'au début du processus du concours PaNo, l'enthousiasme et la motivation étaient bien présents chez ses deux garçons. Cependant, à mesure qu'ils avançaient, la surabondance d'informations générées par le robot a progressivement diminué leur motivation à poursuivre leurs recherches. Face à ce phénomène, elle a remarqué que leurs questionnements devenaient de plus en plus courts, une adaptation à la fois stratégique (obtenir des réponses plus concises de la part du robot), mais témoignant aussi d’une baisse d’intérêt – voire un certain détachement – quant aux informations générées. Cette observation met en lumière un aspect crucial du défi de la page noire : la nécessité de développer des compétences pour filtrer et gérer efficacement le flux d'informations afin de maintenir l'engagement et l’intérêt dans le processus d'apprentissage. Meriem aussi a insisté sur le lot d’information et les réponses vagues souvent fournies.
Concepts clés discutés
« L'odeur de la machine »
Clarence a introduit l'expression « l'odeur de la machine » pour décrire le caractère parfois mécanique ou robotique des textes générés par une IA générative. Amira a insisté sur l'importance pour les utilisateur·ices d'ajouter leur propre signature et leur touche personnelle aux documents produits avec l'aide d’un tel outil. Marie-Claude Bernard a proposé l'expression « convergence mécanisée » comme alternative à Clarence qui se questionne sur la rigueur théorique de son expression.
Pour « enlever l'odeur de la machine », Milca a développé une approche de questionnement indirect : plutôt que de demander directement au robot de résoudre son problème ou de rédiger un texte complet, elle fragmente sa requête en plusieurs sous-questions. Ces questions connexes lui permettent d'obtenir divers éléments d'information qui enrichissent sa réflexion et nourrissent sa propre rédaction. Cette méthode lui évite de se retrouver bloquée par la formulation proposée par le robot et lui permet de conserver sa voix et son style d'écriture personnels. En décomposant ainsi sa démarche, Milca parvient à utiliser le robot comme un assistant plutôt que comme un substitut à sa réflexion, illustrant parfaitement l'équilibre recherché entre l'aide technologique et l'appropriation des connaissances.
Le prompt ou la requête
Les participant·es ont longuement discuté de l'importance du prompt, c'est-à-dire la façon dont on formule une question ou une requête au robot. Amira a souligné qu'il est possible de structurer un prompt en ajoutant des étapes et même des questions de suivi pour vérifier les réponses. Simon a expliqué qu'il est possible d’aborder cette notion avec des élèves du secondaire en leur demandant explicitement ce qu'ils ont demandé au robot, comment ils ont formulé leur requête et ce qu'ils voulaient que le robot fasse.
Daniel a mentionné qu'il est même possible de demander directement à ChatGPT de fournir un « prompt super optimal » pour obtenir de meilleurs résultats sur un sujet donné. Il a également été noté que les systèmes d'IA évoluent pour devenir plus interactifs, posant des questions pour clarifier les requêtes avant de fournir une réponse, ce qui peut guider les utilisateur·ices moins expérimenté·es.
L'interaction avec le robot conversationnel
Clarence a insisté sur l'importance d'une réelle interaction avec le robot, plutôt que de simplement accepter ses réponses sans réfléchir. Selon elle, même si l'IA est un système et non une personne, l'interaction que l'on a avec elle est réelle et participe à la construction de notre pensée. Elle a affirmé que ses idées « n'ont jamais été autant discutées, négociées qu'elles le sont tous les jours avec l'intelligence artificielle », ce qu'elle considère comme un atout. Cette vision du robot comme partenaire de réflexion plutôt que simple outil a été appréciée par plusieurs participant·es.
Milca a également évoqué cette dimension dialogique en expliquant qu'elle essaie de « forcer » le robot à penser comme elle, une approche particulièrement intéressante selon Clarence, car elle permet de « rester maitre de son idée » tout en utilisant le robot efficacement pour l'apprentissage.
Réflexions sur l'IA en éducation
Sobriété numérique et pensée critique
Delphine a exprimé une vision nuancée de l'utilisation de l'IA générative en éducation, soulignant qu'elle peut être utile, mais qu’elle devrait être utilisée avec modération puisque certains élèves pourraient en abuser pour obtenir des réponses sans faire l'effort de s'approprier les connaissances. Cette préoccupation était partagée par d'autres participant·es qui ont insisté sur l'importance de développer une pensée critique face aux réponses du robot.
Amira a encouragé le fait d’« oser chicaner le robot » en posant des questions directes, en demandant comment le robot a obtenu sa réponse, en vérifiant si cette réponse est vraiment vraie et en donnant des contrexemples. Cette approche aide à développer une attitude critique et à mieux comprendre les limites des robots conversationnels.
Authenticité et appropriation
La question de l'authenticité et de l'appropriation des connaissances a traversé l'ensemble des discussions. Clarence a indiqué qu'elle utilisait des outils d’IA (notamment Claude) quotidiennement pour sa rédaction sans se sentir gênée, car elle estime que le produit final lui appartient une fois qu'elle a enlevé « l'odeur de la machine ». Elle a noté qu'elle attendait avec impatience une clarification concernant les questions de plagiat.
À cet effet, Daniel a partagé que, dans son entourage, l'utilisation de l'IA n'est pas encore totalement acceptée et que les gens peuvent ressentir « une petite gêne à admettre qu'ils l'ont utilisée pour des travaux ou des études ». Cette tension entre l'utilité reconnue des outils d'IA et les préoccupations concernant l'authenticité du travail produit est apparue comme un thème récurrent.
Conclusions et perspectives
Le panel a permis de mettre en évidence la manière dont les jeunes perçoivent et utilisent des robots conversationnels par leur participation au concours PaNo. Les lauréat·es ont développé des stratégies sophistiquées pour s'approprier les informations générées par le robot et les transformer en connaissances personnelles. Gabriel a conclu que cette expérience pourrait l'amener à utiliser davantage des outils de l'IA à l'avenir s'il en avait besoin, car il saurait maintenant « comment mieux l'utiliser ».
Caroline a d’ailleurs souligné l'importance de permettre aux jeunes d'expérimenter les outils d’IA générative et de se forger leurs propres opinions vis-à-vis cette dernière. Elle a trouvé très intéressant d'observer comment ses deux fils, ayant des usages très différents d’outils de l'IA, ont navigué dans ce processus. Elle était fière de leur démarche et de la façon dont ils ont interprété les propos du robot pour les adapter à leurs idées et à leurs propres constructions du problème visé.
Pour conclure, Thérèse Laferrière a suggéré aux jeunes de tester les robots en les questionnant sur des sujets qu'ils maitrisent bien pour s’apercevoir qu’ils peuvent « prendre le dessus sur l'outil », une proposition qui pourrait constituer une avenue intéressante pour développer davantage la pensée critique et l'agentivité des apprenant·es face à ces technologies.
Ce panel illustre bien les défis, et les opportunités, que représente l'intelligence artificielle générative pour la persévérance et la réussite scolaire et éducative. L'importance d'une approche équilibrée ressort, soit quand les outils d'IA sont utilisés comme des assistants à l'apprentissage plutôt que comme des substituts, tout en reconnaissant leur potentiel pour enrichir le processus éducatif lorsqu'ils sont utilisés avec sobriété et créativité.
Voici la bande-annonce du panel :